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EMERÉpizooties et maladies émergentes et réémergentes |
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KONE Y, 2007
Contribution a l’évaluation de l’incidence socio-economique de la grippe aviaire en Côte d’Ivoire au cours de l’année 2006
Thèse : Méd.Vét : Dakar ; 8
En Afrique, la recherche de l’autosuffisance alimentaire en protéines d’origine animale est apparue comme une urgence. A cet effet, la Côte d’Ivoire, à l’image de nombreux pays en voie de développement, a vu la nécessité de mettre un accent particulier sur l’élevage des animaux à cycle court à travers le Projet de Développement d’Elevage à Cycle Court (PE2C) crée en 1977. Ainsi l’aviculture moderne et en particulier la production de poulets de chairs et d’œufs de consommation a connu un développement considérable, dans les zones péri-urbaines, en particulier autour d’Abidjan et à Agnibilékrou.
Cependant, les espoirs suscités par le développement de l’aviculture moderne dans l’établissement de la sécurité alimentaire, ont été remis en cause en raison de l’apparition de la grippe aviaire les 30 et 31 mars 2006, dans le district d’Abidjan (Communes de Marcory Anoumambo, Treichville, Bingerville et Yopougon). Face aux risques potentiels d’extension rapide de l’épizootie dans le pays, les autorités ont mis en œuvre des mesures de police sanitaire (y compris des campagnes de communication appropriées), pour contrôler et assainir les foyers de grippe aviaire le plus rapidement possible. Cette épizootie a eu des conséquences énormes aussi bien à court et moyen terme pour l’ensemble des acteurs de la filière eu égard aux mortalités et abattage des volailles, à l’arrêt des transactions commerciales de volailles, aux coûts liés à différentes mesures de lutte, ainsi qu’à la baisse de production et de consommation des produits avicoles. Ainsi pour un pays comme la Côte d’Ivoire soucieux du bien être de sa population, il serait opportun de comprendre les circonstances de l’apparition de la maladie, ainsi que des pertes monétaires engendrées. C’est dans cette optique, que nous avons mené de Septembre 2006 à Décembre 2006 une étude sur l’évaluation de l’incidence socio-économique de la grippe aviaire en Côte d’Ivoire au cours de l’année 2006.
L’objectif général de notre étude, est de mesurer les changements (sociaux, économiques et financiers) aussi bien quantitatifs que qualitatifs induits par l’épizootie Pour se faire, nous avons mené une enquête à l’aide d’un questionnaire support dans les régions d’Abidjan, Agnibilékrou et Grand-Béréby. Cette enquête s’est déroulée en deux phases. Une enquête préliminaire a permis d’avoir des informations sur la maladie (enquête documentaire) et d’identifier les producteurs, les intermédiaires commerciaux et les consommateurs. L’enquête préliminaire a été réalisée au mois de Septembre 2006. A partir du mois d’Octobre, des visites ont été conduites dans les élevages avicoles, les unités de productions et de transformations sélectionnées. Les informations recueillies ont fait l’objet d’un développement sous forme d’une base de données informatiques. A partir des fiches d’enquêtes, des variables explicatives ont été constituées et les calculs ont été faits à l’aide d’un tableur électronique et d’un logiciel statistique. Dans les résultats obtenus, il apparaît que la grippe aviaire est apparue dans les élevages traditionnels et non dans les élevages modernes. Il s’agissait des cas isolés dans la région d’Abidjan (Treichville, Marcory–Anoumambo, Yopougon, Bingerville) et Grand-Béréby au Sud-ouest.
Les sources d’infections pourraient être :
- les oiseaux migrateurs venus d’Asie et d’Europe centrale. Cela se justifie par la situation des foyers auprès des sites de migrations des canards aquatiques sauvages que sont les abords des lagunes (région d’Abidjan) et dans les zones marécageuses (Grand-Béréby). Ces canards sont considérés comme des réservoirs.
l’introduction des volailles infectées peut être aussi une cause vu la proximité des foyers avec les marchés à volailles et la gare du train où débarquent quotidiennement les poulets et les pintades traditionnels en provenance du Burkina Faso, pays reconnu infecté.
par l’intermédiaire des supports très variés (aliments contaminés par les fientes de volaille infectées, cages, le transport passif, le train, etc..).
L’analyse des résultats des indices de santé a révélé que le taux de morbidité de la grippe aviaire a été de 56,60% et le taux de mortalité de 22,31%. Les pertes monétaires engendrées par la maladie s’élèvent 1.617.750FCFA pour les pertes directes liées à la mortalité. Les séances d’abattages sanitaires effectuées dès l’apparition de la maladie n’ont pas permis d’évaluer les pertes directes liées à la morbidité. Les pertes indirectes induites s’élèvent à 16.789.558.552 FCFA.
Par ailleurs, une lutte a été organisée par l’Etat et les aviculteurs. Elle a pris fin la même année. L’évaluation économique de cette lutte qui a coûté 6.204.440.000 FCFA a révélé qu’elle a été rentable dès la mise en œuvre de celle-ci. La lutte a engendré un bénéfice net de 10.586.736.302 FCFA. Le ratio bénéfice/coût (B/C)= 1,7063FCFA. Au plan social, ce sont sur le plan National près de 4 500 emplois qui ont été perdus de manière durable et 15 000 autres emplois ont été menacés sur le nombre total de 30 000 emplois directs qu’offre l’aviculture.
De plus, il y’a eu un changement de comportement de production des aviculteurs. Au niveau des consommateurs, il y a un découragement de la consommation des produits avicoles. Par conséquent, ceux-ci se sont rabattus sur d’autres sources de protéines animales à savoir le poisson (30%), le bœuf (23%) et le porc (13%). En outre, les prix des denrées alimentaires de substitution ont augmenté tandis que les prix des produits avicoles ont baissé. Cette augmentation a contribué à appauvrir davantage le consommateur et occasionné des frais additionnels de consommation. Au vu de tous ces problèmes, il parait urgent que les autorités étatiques mettent en application certaines mesures pour améliorer la rentabilité des exploitations avicoles et les industries de transformations. Il s’agit notamment de :
la redynamisation du projet PE2C, en tenant compte de la situation financière des aviculteurs ;
le décaissement des 4 milliards prévus pour indemniser à hauteur de 60% les déficits de production, de commercialisation et l’abandon partiel des activités.
Pour éradiquer la maladie, prévenir d’autres foyers futurs et la contamination humaine, les autorités étatiques doivent mettre en application toutes les stratégies adoptées avec implication des organisations professionnelles et les aviculteurs.
C’est donc au prix d’une vraie collaboration entre partenaires (Etat-aviculteurs bailleurs de fonds), d’une volonté commune dans la recherche de l’autosuffisance alimentaire en protéines d’origine animale que la Côte d’Ivoire pourra gérer la crise de la grippe aviaire afin, d’en tirer des éléments destinés à la planification stratégique et opérationnelle de la lutte contre les épizooties et permettre à la filière avicole de prendre la place qui lui revient dans l’économie nationale. Ceci dans le but de rendre service au consommateur.
Yacouba KONE KONE Y, 2007
Contribution a l’évaluation de l’incidence socio-economique de la grippe aviaire en Côte d’Ivoire au cours de l’année 2006
Thèse : Méd.Vét : Dakar ; 8